Marwah Rizqy (au centre), porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation, a rencontré les présidents et les vice-présidentes des commissions scolaires de l’Estrie au sujet de la loi 40.

« Ce qu'on veut, ce sont des services pour nos enfants »

La députée Marwah Rizqy, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation, a rencontré les présidents des quatre commissions scolaires de l’Estrie pour faire le point sur la loi 40 qui devrait être adopté le 6 décembre prochain. Une réforme qui fait peur tant à la députée qu’à l’ensemble des présidents des quatre commissions scolaires de la Région, soit celle de la Région-de-Sherbrooke, des Hauts-Cantons, des Sommets et Eastern Townships.

« Plusieurs voix se sont élevées contre ce projet de loi, dont les enseignants qui sont sortis dans la rue jeudi. Ce n’est pas une priorité pour les Québécois de jouer dans les structures. Ce qu’on veut, ce sont des services pour nos enfants. On a des défis actuellement dans le réseau de l’éducation et le plus grand défi, c’est la pénurie d’enseignants. C’est là le défi, il faut former et attirer davantage d’enseignants, et le personnel et de professionnels de soutien comme les orthophonistes et les psychologues », explique la députée Rizqy.

« Est-ce que ce projet de loi va améliorer la réussite des élèves? C’est ça la grande question et jusqu’à présent dans tout ce qu’on a pu voir de ce projet de loi, rien ne nous le démontre », ajoute Yves Gilbert, porte-parole régional des quatre commissions scolaires et président de la Commission scolaire des Hauts-Cantons.

La députée Rizqy espère à tout le moins que ce projet mammouth ne sera pas adopté sous bâillon, ce qui reste d’arriver devant la complexité de cet immense projet de loi qui compte 300 articles. En comparaison, le projet de loi sur les maternelles quatre ans en comptait 18. Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge aimerait que les commissions scolaires soient abolies le 20 février et que ce soit déjà le début des centres de services.

« Le ministre Roberge veut aller très vite et il n’a pas l’intention d’entendre tout le monde en commission parlementaire. L’Estrie et la Montérégie auront une heure, ensemble, pour se faire entendre en commission parlementaire. Or on sait que les réalités varient grandement d’une ville à une autre, d’une région à une autre », ajoute la députée libérale.

« La première raison d’abolir les commissions scolaires, c’est de dire que les gens ne participent pas. Mais la meilleure façon d’augmenter la démocratie, c’est de donner des outils aux gens, et ce serait de jumeler les élections scolaires avec les élections municipales; on est rendus là au Québec », ajoute-t-elle.

Les commissions scolaires sont le seul échelon démocratique au Québec où l’on a atteint et même dépassé la parité hommes-femmes alors que 51 % des élus sont des femmes.

« Au Parti libéral du Québec, nous avons quatre députées qui sont d’anciennes commissaires scolaires ou présidentes de commissions scolaires. Il y en a d’autres au niveau fédéral aussi », explique-t-elle.

Fichier Excel

Pour Mme Rizqy, ce projet de loi fera en sorte que toutes les situations, à la grandeur de la province, « devront rentrer dans les cases d’un fichier Excel créé par un fonctionnaire au Complexe G », dit-elle.

« Par exemple, il y a un règlement : après 20 km d’autobus scolaire, on peut changer l’enfant d’école en cas de débordement, et ça, ça rentre dans un fichier Excel. Mais le gros bon sens qui doit s’appliquer dans ce genre de situation, ça, ça ne rentre pas dans un fichier Excel », image-t-elle.

La réforme dans le système de la santé lancée par l’ancien ministre Gaétan Barrette en 2015 a été difficile et a fait mal au réseau de la santé, dit la députée, et la réforme que veut entreprendre le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge « fera encore plus mal ».

« D’abord, le système de la santé, vous le fréquentez quand vous êtes malade. Le système de l’éducation touche tout le monde, en santé ou malade. Cette réforme va pénaliser toute une génération », dit-elle.

Ensuite, le niveau de démocratie et de gestion par territoire n’est pas du tout le même en santé que dans la gestion du milieu de l’éducation que souhaite entreprendre le ministre Roberge.

« La ministre de la Santé n’intervient pas, elle ne prend pas les décisions pour les établissements. Le ministre de l’Éducation, lui, deviendra le ministre de l’Éducation le plus puissant de l’Occident! » clame Marwah Rizqy.