Décortiquer le stress scolaire, une photo à la fois

Le vernissage de l’exposition avait lieu à l’école secondaire de Bromptonville. Les curieux ont pu observer les photos des élèves.

L’école secondaire: ce lieu si important dans le développement des adolescents, celui-là même où ils se forgent une identité, un cercle d’amis, un ensemble de valeurs est aussi celui où ils vivent le plus de stress, ce qui peut affecté très négativement leur développement. C’est ce paradoxe que Rémi Paré-Beauchemin a souhaité illustrer, en donnant le pouvoir à des élèves de l’école secondaire de Bromptonville de nommer, par la photographie, les facteurs de stress dans leur milieu pédagogique.


C’est dans le cadre de sa maîtrise que l’étudiant en psychoéducation à l’Université de Sherbrooke a développé ce projet. Concrètement, des élèves de troisième secondaire de l’école secondaire de Bromptonville ont été invités à photographier avec leur cellulaire ce qui les stressait à l’école, mais aussi ce qui pouvait apaiser ce stress.


«Il s’agit de la méthode photovoix. [...] Pendant deux semaines, on a invité les jeunes, qui étaient libres dans la démarche, à photographier les facteurs de stress scolaire. Ensuite, on est revenu en groupe pour présenter ces photos, avant de discuter des constats en grand groupe», précise M. Paré-Beauchemin, rencontré lors du vernissage de son exposition à Brompton.


Lors de l’exposition, rendue possible avec le soutien de l’Institut universitaire de première ligne en santé et services sociaux du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, il était possible d’observer les photos, mais aussi des extraits des échanges entre les élèves et une animatrice, extraits qui résumaient le thème de la photo et dans quelle mesure ce qui y était illustré représentait un facteur de stress.

Le projet était mené par l’étudiant à la maîtrise Rémi Paré-Beauchemin. Il souhaitait donner une voix aux élèves sur la question des facteurs de stress.

Constat rapide: la pandémie a fait mal —très mal— à la santé mentale des jeunes. Plusieurs clichés représentaient les masques, qui enlevaient selon l’auteur de la photo la possibilité de s’exprimer pleinement, les cours en ligne, signe d’un manque de socialisation et plusieurs autres réalités propres à la COVID-19.


«Ç’a été un gros changement. Passer d’un milieu où l’on se voyait chaque jour à un endroit où on est divisé en sous-groupes et où on ne peut plus voir certains de nos amis, c’était un gros changement. Mais je pense qu’il faut passer par des choses difficiles pour vivre quelque chose de mieux par la suite. C’est ma perception et j’ai essayé de l’illustrer à travers mes photos», explique éloquemment Salma Gardner, qui a participé à ce projet et qui est désormais en quatrième secondaire.


«On ne leur a même pas posé au départ la question de la pandémie, note Rémi Paré-Beauchemin. Ça s’est fait en 2021, donc oui la pandémie allait jouer, mais on n’a pas insisté là-dessus. Quand j’ai analysé leur discours, j’ai trouvé qu’il y avait des stresseurs réguliers, donc là en tout temps, des stresseurs accentués par la pandémie et des stresseurs apparus avec la pandémie.»



Trouver des solutions

À l’instar du constat fort que la pandémie a accentué le stress chez les élèves de Brompton, il a été possible d’observer une autre tendance forte, mais du côté des facteurs d’apaisement: la nature.


Plusieurs des clichés représentant les solutions au stress prenaient en effet place dans la forêt.


«On ne peut pas dire que c’est le plus important, car c’est difficile que nommer l’importance d’un facteur par rapport à un autre, mais c’est clairement celui qui a fait le plus discuter et qui a été le plus photographié. Mais en même temps, est-ce que c’est propre à cette école-ci? Ils ont une forêt juste à côté, c’est accessible. Peut-être qu’un milieu plus urbain n’aurait pas dit la même chose, mais c’est un constat important qui vient conscientiser sur l’importance de la nature», fait valoir M. Paré-Beauchemin.

Ce n’était toutefois pas le seul facteur apaisant photographié par les étudiants.

Selon Salma Gardner, et plusieurs de ses collègues, la pandémie a été très stressante. Toutefois, elle estime que c’est dans les moments les plus difficiles que l’on avance le plus.

«Ce qu’on n’a pas ici, c’est des zones de repos. Il y a beaucoup d’endroits où tout le monde se trouve en même temps et où il y a beaucoup de bruits, mais il faudrait des endroits silencieux pour penser, relaxer», juge Élie Morin-Sanscartier, qui a participé à ce projet.


«Je pense qu’il faut mettre l’accent sur les solutions. On voit beaucoup d’affiches dans l’école avec le taux de suicide des jeunes, par exemple, mais ça ne focalise pas sur le positif. Il faudrait avoir plus d’importance sur les choses positives, promouvoir les bonnes habitudes», estime sa camarade de classe Salma Gardner.


À cet effet, deux directeurs de l’école secondaire de Bromptonville ont été invités à observer les constats des élèves, «pour les sensibiliser aux enjeux et les inciter à mettre de l’avant des pistes de solutions», avance Rémi Paré-Beauchemin.


«Il y a des photos qui pourraient, j’espère, envoyer un message aux décideurs de l’école», évoque Élie Morin-Sanscartier.

Une initiative à reconduire

Ce projet était important, selon les acteurs qui y étaient impliqués, afin de permettre aux jeunes de nommer clairement ce qui pouvait faire dérailler leur développement sans nécessairement avoir à prendre la parole, ce qui peut être une étape difficile.


Car évidemment, illustre M. Paré-Beauchemin, le stress est un élément fondamental de nos vies: il permet d’avancer, de passer à travers certaines épreuves et de produire de bonnes performances, notamment académiques. Or, trop de stress peut causer des dommages, surtout à l’adolescence.


«Le projet se situe vraiment en amont. On ne travaille pas avec des jeunes qui ont nécessairement des problèmes, mais qu’il faut outiller pour éviter cela. Il s’agit de leur donner des outils supplémentaires pour leur bon développement», lance Anne-Marie Tougas, professeur agrégée et responsable de la maîtrise en psychoéducation à l’Université de Sherbrooke.


D’ailleurs, le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada a octroyé des subventions à la professeure-chercheuse, qui supervisait les travaux de Rémi Paré-Beauchemin, afin de mener des activités similaires dès cet automne dans d’autres écoles du Québec.

«Il y a des photos qui pourraient, j’espère, envoyer un message aux décideurs de l’école», selon Élie Morin-Sanscartier.

«On va s’intéresser aux conditions gagnantes de ce type d’activité. Ça peut être bien cute de faire prendre des photos aux élèves, mais si au final on ne fait rien avec les besoins exprimés par les élèves, on perd la visée du projet. On va s’intéresser à comment l’école s’approprie cette activité-là», précise-t-elle.


De son côté, Rémi Paré-Beauchemin est heureux de voir que ce projet fera des petits et espère que le milieu scolaire du Québec pourra en sortir gagnant.


«C’est important de promouvoir l’éducation positive. Il faut que les élèves se développent autrement que par la réussite académique. Grossièrement, il faut que la réussite académique soit mise de l’avant, mais aussi d’autres facteurs comme le développement identitaire, la santé mentale, la résilience, qui favorisent le bien-être, mais aussi la réussite des études», met-il de l’avant.


Une dizaine d’écoles seront hôtesses de ce projet à l’automne 2022 et une dizaine d’autres l’année suivante, selon la Pre Tougas.