Une première demande de fermeture temporaire a été faite. La demande est entre les mains de Pêches et Océans Canada, du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), en collaboration avec les municipalités.
Fermer l’accès temporairement permettrait une première évaluation.
Le transport de moules zébrées provenant des lacs Magog et Memphrémagog ne pourrait qu’empirer la situation, estime Michèle Gérin, directrice générale de Bleu Massawippi.
« Si on en a, les bateaux qui sortent de chez nous peuvent contaminer d’autres lacs. »
Selon Isabelle Picard, biologiste senior et spécialiste en faune aquatique chez Stantec, la densité de moules zébrées devrait augmenter de façon exponentielle en raison des conditions du lac, dont son taux de calcium. Selon cette spécialiste qui collabore avec Bleu Massawippi, la densité augmentera plus rapidement que ce qui a pu être constaté dans les lacs Magog et Memphrémagog.
« On parle de court délai dans un horizon de trois à cinq ans pour que les impacts soient déjà significatifs. La fenêtre d’action pour éviter le pire est très courte, il faut agir cet automne », fait-elle valoir en indiquant que la problématique affectera éventuellement tout le bassin versant en aval. Elle décrit la situation comme une urgence environnementale.
« C’est une première mesure crève-cœur qui, si elle est mise en place, fera bien des insatisfaits.
D’autres viendront inévitablement au printemps. La complaisance face aux plaisanciers qui descendent au lac comme dans une passoire ne peut plus être tolérée et devra être sanctionnée.
On ne pourra pas investir des dizaines, voire des centaines de milliers de dollars pour sauver le lac chaque automne. Et si on ne le sauve pas, on parlera de millions en termes d’impacts.
Espérons que tout le monde le comprendra et sera solidaire », commente Michèle Gérin.
Un paradis
Ce n’est pas la première fois qu’on le dit : le plan d’eau est un véritable « paradis de la moule zébrée » en raison de son taux de calcium. Michèle Gérin craint que le plan d’eau ne se retrouve avec des tapis de moules zébrées.
Bleu Massawippi a créé d’urgence un comité de gestion à la suite de cette découverte, réunissant notamment le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFPP), Pêches et Océans Canada et le COGESAF, qui agit comme coordonnateur désigné de la Table de concertation régionale du suivi de la progression sur la moule zébrée. Une rencontre réunissant différents intervenants a eu lieu jeudi après-midi.
La découverte a eu lieu vendredi dernier, alors que pour la fin de la saison, l’organisation retirait les substrats, une sorte de trappe installée dans des sites considérés comme plus vulnérables. Les 10 substrats sont vérifiés au moins une fois par mois, de la mi-mai à la fin octobre. Sur 10 installations, 5 contenaient environ 20 moules juvéniles, c’est-à-dire nées cette année.
La majorité a été trouvée dans le dernier tiers du lac, soit vers le village de North Hatley, confirme la directrice générale de Bleu Massawippi.
La moule zébrée a la caractéristique de s’accrocher aux quais, aux moteurs de bateaux, mais aussi aux prises d’eau potable des municipalités. Trois municipalités utilisent le lac Massawippi comme réservoir d’eau potable : North Hatley, Waterville et Canton de Hatley.
Sa présence pourrait aussi entraîner une croissance des épisodes de cyanobactéries, en relâchant des quantités de matière organique. On peut aussi craindre l’accumulation de coques sur les plages à moyen terme, sans parler de possibles impacts sur l’évaluation foncière.
Bleu Massawippi avait renforcé les mesures de recherche à la suite de la découverte de ce mollusque tant craint dans le lac Memphrémagog en 2017. L’organisme s’est doté d’un protocole scientifique de surveillance. Celui-ci prévoit l’installation de substrats, en plus d’opérations de recherche active dans 40 points autour du lac.

Une nouvelle attendue
En septembre, rien n’avait été trouvé. La donne a changé vendredi dernier, et l’organisation a fait analyser ses découvertes afin d’être bien certaine qu’il s’agissait de moule zébrée. En Estrie, le lac Magog et les rivières Magog et Saint-François sont également touchés par cette espèce envahissante.
« Ça fait longtemps qu’on l’annonce, on espère que le réveil va être brutal et qu’on va prendre toutes les dispositions nécessaires pour essayer de sauver les meubles. »
Le printemps dernier, des associations de lacs s’inquiétaient des déplacements d’embarcations de lac en lac et plaidaient pour le lavage obligatoire afin d’éviter toute propagation.
L’augmentation de la présence des plaisanciers cet été et la croissance des moules zébrées aux lacs Magog et Memphrémagog laissaient craindre le pire pour le lac Massawippi.
« Bien que ce soit la pire nouvelle qui soit, elle était attendue, nous savions qu’elle viendrait », estime Mme Gérin.
« Qu’elle arrive en fin de saison, alors que nos recherches actives ont été négatives tout l’été et jusqu’à la mi-automne, nous donne espoir que l’implantation ne soit pas encore incontournable, que nous sommes au tout début de la contamination. »
Une première étape visera à établir rapidement l’état de la situation, avec l’aide des plongeurs professionnels. Les décisions suivront en conséquence.




