Revoir les appels d’offres pour pouvoir innover

Bernard Bigras a représenté les électeurs de Rosemont-La Petite-Patrie de 1997 à 2011. Il est maintenant président-directeur général de l’Association des firmes de génie-conseil de la province.

Dans le but de pousser l’innovation et d’intégrer des valeurs de développement durable dans les infrastructures québécoises, le nouveau président-directeur général de l’Association des firmes de génie-conseil de la province, Bernard Bigras, souhaite que les municipalités revoient leur processus d’appels d’offres.


M. Bigras souhaite s’attaquer au principe du plus bas soumissionnaire comme facteur déterminant dans l’octroi des contrats publics qui prévaut encore principalement dans les municipalités du Québec.

« Le prix doit faire partie de la formule d’octroi des contrats, mais on pense que la qualité et la compétence doivent primer, mentionne M. Bigras de passage à Sherbrooke. C’est une approche de magasin à un dollar. C’est un modèle très québécois parce que le gouvernement fédéral, pour les ponts et les aéroports par exemple, applique une pondération de 90 % pour la compétence et 10 % pour le prix. Ils comprennent que s’ils vont au plus bas prix, le pont sera à refaire rapidement. »

L’acceptation du plus bas soumissionnaire en ne prenant pas en compte les autres facteurs amène trois conséquences, selon M. Bigras.

« Ça empêche l’innovation dans les projets, car on n’ose pas trop proposer de la valeur ajoutée, explique-t-il. Ça a un impact sur la qualité des travaux, car inévitablement si tu veux avoir le plus bas prix, il faut couper quelque part. Et finalement, c’est clairement un enjeu de sécurité du public. »

De mettre l’accent sur la qualité au lieu du prix a aussi des avantages économiques, avance-t-il également.

« C’est vrai que ça coûte plus cher au début, mais à terme tu es gagnant. Quand on constate des réductions de consommation d’énergie de l’ordre de 45 à 50 %, ça veut dire qu’on fait des économies. Quand on recommande l’utilisation des matériaux locaux ou recyclés, ça contribue aussi à réduire les émissions de gaz à effet de serre. »

M. Bigras, qui a été député à la Chambre des communes pendant 15 ans pour le Bloc québécois, espère que la campagne électorale municipale pousse quelques municipalités à modifier leur règlement de gestion contractuelle.

« Le danger, c’est que des firmes sont intéressées, mais finalement ne soumissionnent pas parce qu’on leur demande de downsizer les projets. » 

Moins de béton

Une nouvelle approche dans l’attribution des contrats pourrait aussi favoriser un futur moins « bétonisé » pour la province.

« Il faut implanter de plus en plus les matériaux inertes, mais aussi les matériaux vivants dans la conception comme la phytotechnologie », explique Bernard Bigras.

Il cite en exemple le réaménagement de l’avenue Papineau fait par la firme sherbrookoise EXP. Il donne aussi l’exemple du Centre mère-enfant de Sherbrooke.

« On ajoute de l’efficacité énergétique, on fait jouer la luminosité et on utilise des modélisations numérisées. Ce centre est un exemple de bonnes pratiques. »

52 000 professionnels

Selon les données avancées par Bernard Bigras, le Québec devra former 52 000 professionnels en génie d’ici 2030 s’il veut maintenir le rythme. 

L’immigration est selon lui une solution incontournable pour y arriver.

« 2030, ça s’en vient très rapidement. On sait que 25 % des professionnels sont issus de l’immigration et il y a une augmentation de 27 % des étudiants étrangers dans les écoles de génie. Pour la région, la demande sera surtout le génie mécanique, le génie civil et le génie électrique. »